La résistance aux antimicrobiens : réponses aux questions fréquentes
Que sont les antibiotiques et les agents antimicrobiens ?
- On utilise souvent indifféremment les termes antibiotique et antimicrobien, mais ils ne veulent pas dire la même chose.
- Les antibiotiques constituent un type d'agent antimicrobien produit à partir d'une moisissure ou d'une bactérie conçu pour tuer les bactéries ou en ralentir la croissance.
- Les agents antimicrobiens (les antimicrobiens) sont des substances naturelles ou synthétiques qui tuent des microorganismes ou en inhibent la croissance, mais causent très peu de toxicité ou n'en causent pas du tout quand ils sont administrés à l'animal. Ils comprennent un large éventail de médicaments, de produits chimiques et d'autres substances, dont les médicaments antibiotiques, les agents antiviraux, les agents antifongiques et les médicaments antiparasitaires.
Pourquoi utilise-t-on les antimicrobiens dans l'élevage agricole?
- Les antimicrobiens sont utilisés dans l'élevage agricole depuis le début des années 1950 pour prévenir et traiter les maladies et améliorer l'indice de conversion alimentaire.
- Les antimicrobiens jouent un rôle important dans la réduction du nombre de cas de bactérioses infectieuses et assurent ainsi la santé et le bien-être des animaux.
- Notre source abondante, fiable et abordable de viande, de poissons, de lait, d'œufs et de miel est en grande partie le résultat de l'excellent état de santé des animaux dans les fermes canadiennes.
Qu'est-ce que la résistance aux antimicrobiens?
- La résistance aux antimicrobiens est la capacité de certaines bactéries, habituellement détruites par un antimicrobien précis, de survivre à l'exposition de cet antimicrobien.
Comment la résistance aux antimicrobiens est-elle possible?
La résistance aux antimicrobiens peut survenir de deux façons :
- Il y a résistance naturelle quand une bactérie possède une résistance innée à certains antimicrobiens ou une résistance qui se développe naturellement à leur contact.
- Il y a résistance acquise quand une bactérie sensible acquiert sa résistance soit par mutation génétique, soit par acquisition de gènes de résistance auprès d'une autre bactérie.
Pourquoi les producteurs utilisent-ils des antimicrobiens?
L'utilisation d'antimicrobiens en élevage agricole poursuit trois objectifs :
- Le traitement des maladies : Cela comprend habituellement le traitement d'animaux individuels, de troupeaux ou de bandes. L'administration est de courte durée et sert à traiter une infection évolutive.
- La prévention des maladies : Il arrive qu'on administre à un animal des antimicrobiens à faible dose (parfois appelée dose sous-thérapeutique) pendant des périodes stressantes de son cycle de production afin de prévenir la maladie et de lutter contre sa prévalence.
- L'amélioration de la production (parfois appelée stimulation de la croissance) : On a pu constater que certains antimicrobiens préviennent les bactérioses et améliorent l'indice de conversion alimentaire. L'Organisation mondiale de la Santé a même approuvé ce type d'utilisation dans des rapports qui précisent que l'utilisation d'antibiotiques à des fins d'amélioration de l'indice de transformation a pour résultat une réduction de la production de déchets animaux. Il a été prouvé que les antibiotiques créaient dans les intestins de l'animal des conditions plus favorables à la digestion, permettant ainsi une meilleure absorption des nutriments. Un autre avantage est qu'ils offrent à l'animal une plus grande résistance aux maladies intestinales. Les producteurs utilisent ces produits judicieusement, uniquement à certains moments précis du cycle de production.
Quelle est la différence entre l'utilisation thérapeutique et l'utilisation sous-thérapeutique?
- Les vétérinaires et les producteurs d'animaux destinés à l´alimentation utilisent des doses thérapeutiques d'antimicrobiens pendant de courtes périodes pour traiter une infection évolutive.
- Certains antimicrobiens sont utilisés à faible dose ou dose sous-thérapeutique pour prévenir la maladie et lutter contre sa prévalence. D'autres antimicrobiens servent à améliorer la production par une amélioration de l'indice de conversion alimentaire.
- Tous les antimicrobiens doivent respecter les strictes exigences de Santé Canada en matière de sécurité pour les animaux et les humains. Les producteurs doivent consigner tout usage d'antimicrobien et respecter strictement les délais d'attente, conformément à leur programme de salubrité des aliments la ferme.
Comment l'industrie pharmaceutique vétérinaire aborde-t-elle le problème de la résistance aux antimicrobiens chez les animaux d'élevage?
- Tout produit homologué vendu par un vétérinaire ou un agriculteur par l'industrie pharmaceutique doit respecter les exigences strictes de Santé Canada en matière de protection des humains et des animaux. Un des éléments importants de l'évaluation du risque qu'effectue Santé Canada consiste à examiner leur potentiel de développement d'une résistance.
- Les fabricants d'antimicrobiens et leurs commanditaires doivent effectuer de nombreuses études qui démontrent l'innocuité d'un produit avant d'obtenir une licence d'exploitation. D'importants volets de ces études abordent le potentiel de développement de résistances. Si un profil de résistance est découvert à l'étape de la mise au point du produit, ce dernier n'est pas soumis à son approbation réglementaire.
- L'ICSA partage ses données sur l'utilisation d'antimicrobiens avec le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (PICRA) de Santé Canada, qui suit de près l'évolution des bactéries et les profils de résistance à la ferme, l'étape de la transformation alimentaire et dans les points de vente au détail. Nous nous sommes engagés à nous assurer que les membres de l'ICSA ne vendent que les produits les plus sécuritaires et les plus efficaces.
Que font les agriculteurs et les vétérinaires à propos de la résistance aux antimicrobiens chez les animaux d'élevage?
- Les agriculteurs participent à des programmes d'assurance de la qualité basés sur l'ARMPC (Analyse des risques et la maîtrise des points critiques), programmes qui encouragent une utilisation appropriée et efficace de tous les produits de santé animale, y compris les antimicrobiens.
- Ces programmes soulignent l'importance d'une relation de travail étroite entre les producteurs et leur vétérinaire; ils enseignent des pratiques de gestion efficace et insistent sur l'utilisation appropriée des médicaments comme moyen d'amélioration de la sécurité de l'approvisionnement alimentaire.
- Les vétérinaires jouent un rôle crucial dans l'emploi judicieux des produits de santé animale, y compris les antimicrobiens. Ils tiennent des registres détaillés des animaux et des troupeaux qu'ils traitent, lesquels registres les aident à choisir des traitements efficaces et sûrs.
- Les agriculteurs et les vétérinaires participent au Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (PICRA), qui suit de près l'évolution des bactéries et les profils de résistance à la ferme, l'étape de la transformation alimentaire et dans les points de vente au détail. Cette surveillance aidera l'Agence de santé publique du Canada à détecter les profils de résistance et mènera éventuellement à une meilleure compréhension des causes de résistance.
- Les agriculteurs mettent en oeuvre des stratégies de prévention des maladies telles que des procédures appropriées de biosécurité, d'élevage (comme la ventilation), d'hygiène et de contrôle régulier de la santé (y compris les programmes de vaccination) afin de réduire les besoins en antimicrobiens.
- Dans certains cas, les antimicrobiens sont également utilisés pour aider les agriculteurs dans la gestion thérapeutique. Les médicaments sont dispendieux; une bonne gestion peut éviter leur utilisation.
- Les secteurs de la transformation, de la vente au détail et de la restauration mettent aussi en oeuvre des programmes d'élimination des bactéries nuisibles.
Que sont les résidus antimicrobiens et comment les contrôle-t-on?
- Les résidus sont les traces d'un antimicrobien ou des produits de sa dégradation (appelés les métabolites) qui demeurent dans la viande, le poisson, les œufs ou le miel produits par des animaux qu'on a traités.
- Santé Canada a déterminé les quantités de résidus qui sont sans danger et peuvent en toute légalité se trouver dans les aliments. Les organismes de contrôle provinciaux surveillent l'approvisionnement laitier et délivrent des amendes aux producteurs qui violent le règlement, en plus de détruire leur lait. L'Agence canadienne d'inspection des aliments effectue des analyses aléatoires de la viande dans les installations de transformation afin de s'assurer qu'elle est exempte de résidus nuisibles.
Les résidus antimicrobiens augmentent-ils le risque de développement d'une résistance aux antimicrobiens?
- Non. On confond souvent les résidus antimicrobiens et la résistance aux antimicrobiens, mais ils ne sont aucunement reliés.
- Quand ils parlent de transfert de résistance aux antimicrobiens de l'animal l'humain (ou l'inverse), les scientifiques et autres intervenants font référence au transfert de bactéries résistantes et non de traces d'antimicrobiens.
Que fait l'industrie pour réduire le risque d'intoxication alimentaire bactérienne?
- Chaque intervenant dans la chaîne d'approvisionnement travaille à réduire la présence de bactéries dans les aliments.
- Les éleveurs de bétail participent à des programmes d'assurance de la qualité à la ferme basés sur l'analyse des risques et la maîtrise des points critiques. Une fois inscrits à un programme, ils doivent respecter un ensemble de normes nationales. Parmi celles-ci, on retrouve la détermination et le respect de protocoles de désinfection des tables, de mélange des aliments, d'utilisation des médicaments et d'injection, ainsi que la tenue de registres précis des aliments et des médicaments employés à la ferme.
- Les transformateurs participent aussi grandement à réduire le risque d'intoxication alimentaire bactérienne par l'entremise de programmes basés sur l'analyse des risques et la maîtrise des points critiques. Dans toutes les usines de transformation fédérales, les vétérinaires qui travaillent pour l'Agence canadienne d'inspection des aliments ont la responsabilité d'examiner les carcasses afin de déceler tout signe de maladie ou d'anormalité. Les analyses aléatoires de détection de résidus constituent aussi une composante du programme d'assurance de la qualité du secteur de la transformation. Un très grand soin est apporté afin d'éviter la contamination bactérienne de la viande dans les usines de transformation.
- Les détaillants et le secteur de la restauration constituent le maillon final de la stratégie d'approvisionnement qui vise à réduire le risque d'intoxication alimentaire bactérienne. Toutes les mesures nécessaires sont prises afin d'éviter la contamination bactérienne dans les comptoirs de viande des commerces de détail et dans les restaurants. Ces intervenants travaillent également avec les producteurs et avec les transformateurs à s'assurer de l'application de toutes les mesures nécessaires à la réduction du risque de contamination bactérienne.
Que puis-je faire pour réduire le risque d'intoxication alimentaire bactérienne?
- Le consommateur dispose de nombreux moyens pour réduire le risque d'intoxication alimentaire bactérienne. Les bactéries étant naturellement présentes dans les aliments, il est important de les préparer, de les manipuler et de les conserver soigneusement.
- Une bonne cuisson peut éliminer la présence de bactéries dans les aliments. Ranger rapidement les restes de nourriture au réfrigérateur peut empêcher leur contamination bactérienne, et se laver les mains avant et après la manipulation de viande crue peut couper court à la propagation des bactéries dans d'autres aliments. (Des conseils supplémentaires en matière de manipulation salubre des aliments se trouvent sur le site Web du Partenariat canadien pour la salubrité des aliments, www.canfightbac.org.)
Y a-t-il des moyens de réduire le risque de développer une résistance aux antimicrobiens quand on prend des médicaments?
- Oui. Il est important de prendre tout le médicament prescrit par le médecin. Souvent, les gens arrêtent de prendre un médicament quand ils commencent à se sentir bien, pensant qu'ils n'en ont plus besoin. C'est là une erreur. Ne pas prendre toute la posologie peut permettre à des bactéries plus persistantes de survivre, de se renforcer et éventuellement, de développer une résistance. N'utilisez pas un reste de médicament pour traiter une maladie ultérieure. Tous les antimicrobiens ne traitent pas toutes les maladies.
Les numéros d'Inforum traitant de la résistance antimicrobienne sont les suivants :
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